Fuite des cerveaux : l’Intelligence Economique est la solution

Argent

« Si l’argent ne fait pas le bonheur, alors donnez le moi » lançait Alphonse Allais en guise de boutade. En révélant le montant de son cachet pour sa participation à la série « Joséphine, ange gardien« , l’actrice Mimie Mathy a soulevé l’indignation des médias sociaux. Comme si le bonheur des uns ne faisait pas celui des autres.

Les médias sociaux sont comme les volcans : nul ne peut prédire quand ils entreront en éruption, ni ce qui provoquera leur colère. Celle ci s’est pourtant manifesté à l’annonce par Mimie Mathy du montant de son cachet pour sa participation dans la série « Joséphine, ange gardien« .

Bien que sa volonté de transparence soit louable, l’actrice aurait dû se souvenir que l’argent est, en France, un sujet tabou par excellence. Et pas seulement lorsqu’il s’agit des émoluments des artistes ou des sportifs.

Argent sale : dans l’Intelligence Economique aussi…

Laissez vous tenter par cette expérience simple : interrogez votre moteur de recherche préféré en lui soumettant cette requête. Et vous constaterez que, si vous changez de moteur, le résultat restera invariablement le même. En Intelligence Economique aussi, l’argent est père de tous les maux, qu’il serve de contrevaleur à des transactions illégales ou de moyen de manipulation pour faire de citoyens ordinaires des espions.

La même requête formulée en langue anglaise donne un résultat quelque peu plus nuancé. Et même si le mot « laundering » » (blanchiment) apparaît, il se trouve dans le corps du texte, et non dans le titre comme sur les sites francophones. Rien ne vous interdit d’aller plus loin, soit en formulant la requête dans une autre langue, soit en interrogeant les médias sociaux.

Le constat s’impose donc : quel que soit le secteur d’activité concerné, si l’argent n’a pas d’odeur, comme aimait à le rappeler l’empereur romain Vespasien, il traîne derrière lui une image aussi sulfureuse que celle de l’Intelligence Economique elle même. Et entre l’argent et le marché de la veille stratégique, c’est « je t’aime, moi non plus ». Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que le patrimoine économique français soit progressivement acquis par des Etats étrangers.

Argent, nerf de la guerre

Ce désamour entre les français et l’argent constitue, malgré tout, un véritable paradoxe, notamment à la lecture de l’article 1832 du Code Civil, qui fixe pour but aux sociétés le partage des bénéfices, mais aussi des pertes. En outre, la responsabilité sociétale de l’entreprise se définit comme un « concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire« . L’aspect économique est donc bien intégré à la démarche RSE. Or, le champ de compétence de l’économie réside dans la production, la distribution et la consommation des richesses. Son lien avec l’argent est donc indéniable.

Un vent nouveau semble souffler sur l’Hexagone, comme en témoigne le résultat de ce sondage : l’argent serait, sur le marché de l’emploi, la principale motivation de 64% des jeunes salariés français. Cette chute du tabou financier semble aller de pair avec la montée en puissance du commerce en ligne ou des paris en ligne, des pratiques largement répandues outre-Manche ou outre-Atlantique.

Jeunes diplômés : un patrimoine immatériel à protéger

Cette imprégnation des esprits par la culture anglo-saxonne, notamment via Internet, se ressent particulièrement chez les jeunes diplômés des grandes écoles, attirés par les horizons lointains. Et si l’argent ne serait pas leur motivation première, il occuperait une place non négligeable.

Cette hémorragie de talents en des endroits où l’herbe serait plus verte témoigne de la maîtrise, par les jeunes générations, des langues étrangères, contrairement à leurs aînés.

Mais elle illustre aussi de manière patente l’incapacité de l’Etat français à retenir ses jeunes talents. Or, les compétences représentent le patrimoine immatériel de toute personne morale, Etat inclus. Et cette fuite profite souvent à des Etats dont l’investissement financier dans l’éducation est moindre, et qui désirent réaliser de substantielles économies en utilisant des professionnels dont la formation a été assurée (et payée) par d’autres Etats. Bien que relevant de la politique publique des Etats membres de l’Union Européenne en matière d’éducation, cette problématique, par son lien avec la protection du patrimoine immatériel, entre directement dans le périmètre d’intervention de l’Intelligence Economique.

Il convient de souligner que cette vague d’émigration des nationaux les plus diplômés ne touche pas que la France. L’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie connaissent la même difficulté.

Marmotte ou globe trotter, à vous de choisir…

Au vu de la situation, deux scenarii possibles se profilent :

Home, sweet home

Il s’agit d’inciter, par une série de mesures, les jeunes diplômés à rester en France ou, pour ceux qui sont partis, à y revenir.

L’Intelligence Economique propose des méthodologies et des techniques pour élaborer des solutions. Notamment, l’argent constitue l’un des quatre leviers psychologiques, aux côtés de l’idéologie, la coercition et l’ego, permettant d’obtenir la collaboration de tout individu. Il en résulte une technique d’influence résumé par l’acronyme MICE. Parmi les mesures envisageables, les avantages fiscaux figurent en bonne position.

Beaucoup plus surprenant est le recours à la normalisation des formations : l’Europe y songe pourtant pour endiguer les flux migratoires de jeunes diplômés de l’informatique des Etats d’Europe du sud vers ceux d’Europe du nord.

Par ailleurs, une démarche de benchmarking montre que d’autres Etats rencontrent des problématiques similaires à celles de la France, même si elles ne sont pas identiques. Ainsi, hors d’Europe, le Vietnam, développe une démarche de séduction des vietnamiens d’outre-mer (Viêt kiêu) pour attirer à elle des profils de jeunes diplômés, enfants des réfugiés vietnamiens qui ont suivi des études dans les pays développés comme la France ou les Etats Unis. Parmi les mesures adoptées : simplification de l’accession à la propriété immobilière pour les viêt kiêu, dispense de visa pour les touristes viêt kiêu

En terme de visibilité et de présence, cette opération séduction passe par la diffusion de l’image d’un pays en pleine expansion économique, et tourné vers le futur, dont les vietnamiens revenus au pays se font les ambassadeurs.

En France, ce scénario achoppe cependant sur le décalage des valeurs entre une nouvelle génération abordant les questions financières de manière décomplexée, et les générations précédentes encore en activité, pour lesquelles l’argent reste un sujet sensible comme le révèle l' »affaire » Mimie Mathy.

Sortez de votre trou

Il s’agit d’inciter les organisations à regarder au delà de leur territoire national, dans le sillage d’un Internet qui a élargi l’environnement du niveau local au niveau mondial.

L’idée n’est guère nouvelle puisque dès les années 1860, les Frères de Ploërmel et les Filles de la Sagesse, deux congrégations bretonnes, s’étaient implantées en Haïti pour y diffuser un modèle d’éducation à forte prédominance religieuse.

Mais aujourd’hui, ce sont non seulement les business schools qui investissent le continent asiatique, mais aussi les écoles d’ingénieurs. L’intérêt de la démarche est double : former les élites locales, mais aussi accueillir les étudiants français désireux non seulement d’apprendre le mandarin, mais aussi d’appréhender les besoins et de s’imprégner des cultures d’Etats qui constituent des marchés à fort potentiel.

Le jeune diplômé bénéficie ainsi, à sa sortie de l’école, d’une ouverture internationale de nature à inciter les entreprises au sein desquelles il exercera ses fonctions à vendre ses produits ou ses prestations de services hors du territoire national. Car si« acheter français, c’est bien, vendre français, c’est mieux« . Cette sortie par les entreprises françaises du territoire national permettra, outre la réduction du déficit commercial extérieur, l’embauche de collaborateurs plus qualifiés que celles restant sur le marché national, donc mieux rémunérés, notamment grâce à l’élargissement de la clientèle générée par une prospection internationale. Cette ouverture engendrera une stabilisation des jeunes diplômés sur le territoire national. En effet, pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on a ici, commodément, sous la main ?

Il reste à méditer ce proverbe chinois qui résume parfaitement ce qu’est l’argent : « L’argent peut acheter une maison, mais pas un foyer. Il peut acheter un lit mais pas le sommeil. Il peut acheter une horloge, mais pas le temps. Il peut acheter un livre, mais pas la connaissance. Il peut acheter une position, mais pas le respect. Il peut acheter du sexe, mais pas l’amour !« . Un trésor de sagesse pour une génération avide de biens matériels…

Notre site Internet : http://mastere-risque-territoire.eisti.fr/?q=node/4

2 réponses à “Fuite des cerveaux : l’Intelligence Economique est la solution

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